
Gene ‘Popeye’ Hackman dans French Connection de William Friedkin (1971)
(Re)ressorti au début du mois, French Connection, l’un des chefs-d’œuvre de William Friedkin est - on ne le répétera jamais assez - incontournable dans le genre polar sec et nerveux, d’un réalisme à la limite du documentaire.
A l’occasion de cette nouvelle édition collector*, j’ai ressorti des placards un entretien avec William Friedkin réalisé à Paris en octobre 2008. Le réalisateur de L’Exorciste et de Killer Joe revient sur ce tournage épique dans un New York glacial au tout début des années 70, ses relations tendues avec Gene Hackman et du merveilleux acteur qu’était Roy Scheider.
Voici l’interview telle qu’elle est parue dans Start Up n°137 (nov./déc. 2008).
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Est-ce qu’un film comme French Connection serait possible dans le New York d’aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. Le rythme serait plus rapide, ce serait plus viscéral et ça ressemblerait sans doute à la série de Jason Bourne. Aujourd’hui, avec les images de synthèses, on peut rendre les scènes d’action plus spectaculaires. Dans les années 70, tout ce qu’on montrait à l’écran, on le faisait. Ce qu’on voit également sur les méthodes des flics n’existe plus aujourd’hui.
Gene Hackman, qui joue Popeye, n’était pas votre premier choix, ni même le second… mais il a insisté. Et lorsqu’il a commencé à tourner, il a eu des doutes sur le personnage, mais vous l’avez obligé à finir le tournage. Est-ce exact ?
Oui, c’est exact.
Diriez-vous que le tournage a été difficile, sur le plan humain ?
Vos savez, l’hiver 1970-1970 a été un des plus froids qu’a connu New York. Le matériel gelait, l’équipe était frigorifiée. Nous allions nous abriter entre chaque prise, dans un magasin de chaussures, dans un café. Il fallait garder l’énergie et le moral. Réaliser des films est difficile, mais pour moi, c’est un plaisir, un privilège, quelles que soient les circonstances.

Les rapports étaient tendus, avec votre acteur principal, mais c’est ce que vous cherchiez…
Exactement, c’était nécessaire pour le film. La tension entre Hackman et moi, l’obligeait à être encore plus dur que son personnage. En revoyant le film récemment, pour l’édition blu-ray, j’ai vu à quel point il était talentueux, sensible et subtile comme acteur. Pour Popeye, il était réticent car il a dû plonger en lui pour trouver les aspects brutaux et racistes du flic.
Et Roy Scheider, qui nous a quittés en février dernier ?
Quand je l’ai trouvé, il jouait une nonne, fumeuse de cigares dans une pièce de Jean Genet. Il pouvait tout faire. Et il avait une allure incroyable. Quand il est entré dans mon bureau, je n’ai pas eu besoin de lui faire passer une audition, j’ai su que je le prenais.
Quel film récent vous a touché ?
J’ai vu Gomorra à Londres, un film sur la mafia napolitaine. C’est extraordinaire. C’est le film de gangster le plus crédible que j’ai vu. A l’opposé du Parrain, qui est majestueux. Gomorra, est sale, dur. Je suis très admiratif de Monsieur Salviano.
Avez-vous un film de chevet ?
Citizen Kane, sans hésitation. C’est le film qui m’a donné envie de devenir réalisateur. C’est le top niveau en tout : jeu des acteurs, réalisation, photographie, bande-son. C’est pour le cinéma, ce que James Joyce ou Proust sont à la littérature. On ne peut pas les copier… Quelle réussite ! Je continue à regarder Citizen Kane, comme je continue à lire Proust.

*French Connection (The French Connection, 1971) de William Friedkin, avec Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco… – Format DVD Edition Collector (2 disques) - FPE
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